Bordeaux n'a pas eu le monopole des grandes expositions
internationales au XIXème siècle ; mais elle a sans doute détenu le
record du nombre de manifestations, avec pas moins de 13, toutes montées par la Société Philomathique.
Ce faisant, elle a acquis un savoir-faire reconnu, qui n'est pas étranger au
choix du Port de la lune pour accueillir l'exposition organisée, en 1907, par la Ligue maritime afin de
célébrer le centenaire de la vapeur. Un choix d'autant plus heureux que
Bordeaux avait vu naître, en 1818, le premier vapeur français, "La Garonne".
S'appuyant sur l'expérience de la Philo, la Ligue mit sur pieds la manifestation
la plus importante qu'ait connue la capitale de l'Aquitaine. Grâce à Hervé
Guichoux, il est possible de découvrir cet événement dans toute son ampleur. De
l'exploration des fonds d'archives à la navigation sur le Web, pendant deux ans
son enquête lui a permis de rassembler des milliers de documents. Il a su nous
livrer la richesse de cette exposition. Et de la façon la plus vivante qui
soit, en promenant le visiteur à travers les palais et allées de ce qui se
voulait un hymne au progrès, à l'aventure et à la nature. La marine alors à son
apogée, étant porteuse de toutes ces valeurs, aujourd'hui souvent antinomiques.
En suivant Hervé Guichoux, on remonte dans le temps en découvrant tour à
tour les palais et jardins de l'esplanade des Quinconces, les pavillons
étrangers des quais et les navires ou escadres en visite, dans la rade ou au
Verdon. Voyage dans le temps mais aussi sur tous les continents. Chaque palais
ou pavillon est l'occasion pour l'auteur de nous révéler un monde datant d'à
peine un siècle mais qui nous semble parfois à des années lumière : On suit
Charcot dans les glaces de l'Arctique avant d'assister au chargement des troncs
d'acajou en Afrique occidentale ou de visiter Anvers et tous les ports et
vignobles de France.
On sourira parfois, par exemple devant cette
"réclame" proposant, pour les distributions des prix, de remplacer
les livres "peu utiles ou peu intéressants" (sic) par de la... Marie Brizard. On
réfléchira souvent, en voyant comment les Bordelais de la Belle Epoque mettaient
en avant le visage industriel de leur ville, avec en tête des entreprises comme
Motobloc et les chantiers navals. Le travail de Bénédictin entrepris - et
réussi - par Hervé Guichoux contribuera à éclairer l'histoire du XIXème siècle
girondin et aquitain. Il sera également un bel encouragement pour tous ceux qui
croient en l'avenir de Bordeaux, la capitale mondiale du vin qui fut aussi
pendant six mois celle de la marine.
Antoine LEBEGUE
Président de la Société Philomathique
de Bordeaux

Plan de l'Exposition Maritime de 1907 (cliquez pour agrandir)
UN CENTENAIRE HISTORIQUE
En cette
année 2007, la ville de Bordeaux commémore le centenaire d’un évènement
exceptionnel, qui au début du 20ème siècle, place la capitale d’Aquitaine au centre du
monde maritime. En effet, d’avril à novembre 1907, Bordeaux a le privilège
d’accueillir la première Exposition
Maritime
Internationale complète organisée au monde, avec en plus, se référant au
calendrier, une célébration par la même occasion du centenaire de la navigation
à vapeur qui avait vu le jour le 17 août 1807 aux Etats-Unis.
Exactement
un siècle nous sépare donc de cette immense et rare manifestation qui durant six mois va non seulement animer
la ville et la région, mais surtout la porter sur le devant de la scène
internationale en la faisant mieux connaître aux plus grandes nations maritimes
de la planète.
C'est en
décembre 1905 que la Ligue Maritime Française désireuse de faire
connaître au grand public le but patriotique qu'elle poursuivait, décide
d'organiser dans le pays une manifestation éclatante et conçoit l'idée
d'organiser une Exposition Maritime ouverte a toutes les nations du monde.
Cette exposition devait en outre révéler à ses visiteurs l'effort considérable
que chaque pays réalise pour développer sa marine commerciale et sa marine de
guerre. C'est en février 1906 que
Bordeaux est choisi comme siège de cette manifestation, et c'est le 27 Avril
1907 que l'Exposition Maritime Internationale de Bordeaux ouvre ses portes.
L’inauguration officielle ayant lieu le jeudi 2 mai 1907.
Le plan
général de l'Exposition et l'exécution presque totale des différents palais qui
l’abrite, sont dus à l'architecte parisien, auteur du Petit Palais de
l'Exposition Universelle de Paris en 1900, M. Tournaire. Chargé précédemment
d'édifier une grande partie de l'Exposition de Bordeaux en 1895, le célèbre
architecte était déjà connu et son grand talent était fort apprécié. Dans la
place relativement exiguë dont il disposait, et ce, malgré l’envergure de la
place des Quinconces et des allées qui la bordent, il a édifié une ville
entière, luxueuse, variée, d'ensemble fort homogène et artistique
Au centre de
la place des Quinconces, se dresse un Grand Palais. La façade principale, en
face du monument des Girondins, se compose d'un immense pignon de 35 mètres de largeur sur 20 mètres de hauteur,
percé de trois grandes arcatures recevant, à la hauteur du premier étage, les
balustrades d'appui d'une vaste loggia. Ce pignon central est flanqué de deux
tours dont la décoration exclusivement marine, leur donne une ressemblance avec
les tourelles armées d'un grand vaisseau de guerre. Au bas de ces deux tours,
on admire deux beaux groupes symboliques du sculpteur Convers: l'un représente
la captation de la Vapeur, l'autre, l'Électricité.

Le Grand Palais sur la Place des Quinconces ( Collection particulière de M. Francis Moro)
La façade
opposée est au bord du fleuve et domine de toute sa majestueuse blancheur et de
son amplitude le déroulement des quais et l'étendue du port. Cette façade est
d'architecture vénitienne; elle rappelle un peu le palais des Doges à Venise.
La sobriété de sa silhouette s'oppose très heureusement à la diversité et à la
finesse de ses détails décoratifs. Elle est flanquée de deux immenses tours de 45 mètres de hauteur, du
sommet desquelles le public peut admirer le splendide panorama de notre rade et
le déroulement prestigieux et vert de toute la plaine du Bordelais. L'intérieur
du grand palais n'est pas moins remarquable que l'extérieur. D'abord, en
entrant par la porte de la façade principale (côté des Girondins), on a accès
dans la grande nef centrale qui mesure 150 mètres de longueur
sur 35 mètres
de largeur et 19 de hauteur. Partout on remarque, au rez-de-chaussée de cette
nef centrale, les sections de marines étrangères, les expositions de produits se rapportant à
la marine, ou bien la représentation fidèle des navires les plus célèbres,
construits par les grandes compagnies soit françaises, soit anglaises, soit
allemandes ou autres. Au premier étage, on trouve de nombreux stands consacrés
à divers sujets tels que l’océanographie, l’expédition Charcot de 1903, les
chambres de commerce portuaires, les ports de pêche, l’enseignement, un salon
du tourisme, les sports nautiques, une galerie des Beaux-arts, le Muséo Naval
(Espagne), etc.

Le Grand Palais vu du côté des quais ( Collection particulière de M. Francis Moro)
En face de ce
Grand Palais se dresse, de l’autre côté de la colonne des Girondins, le Palais
des Colonies où sont groupés les industries et les produits de nos colonies,
notamment d’Afrique Occidentale et de Tunisie, ainsi que le commerce
d’importation et d’exportation. Par ailleurs, de nombreux palais, pavillons et stands divers se
dressent un peu partout autour des deux palais principaux.
La
manifestation de Bordeaux, officiellement Exposition Maritime, dépasse très
largement le cadre que laissait prévoir son titre. Il s'agit également d'une
exposition universelle qui rappelle celles du
siècle précédent, et préfigure les foires modernes. Du côté des allées de
Chartres, on rencontre le Palais des Vins de Bordeaux et de la Gironde, le
pavillon des Eaux-de-vie des Charentes et de Cognac; quatre galeries qui
constituent le palais de l'Alimentation; le pavillon des Vins mousseux et enfin
le palais des Arts graphiques et celui de l'outillage agricole et viticole.
Du côté des
allées d'Orléans, on remarque quelques autres grands palais, tels que celui de
l'Automobile où les grandes marques françaises de l’époque avaient tenu à
figurer. Non loin de ce palais est celui de l'Horticulture, puis celui des
Industries diverses et le Salon parisien.
Enfin, sur
le bord de la Garonne, de l'autre côté des quais, dans une autre enceinte, à
laquelle on accède par une passerelle jetée par dessus la voie publique, se
dressent des pavillons étrangers.

Pavillons des Etats-Unis et de la Belgique sur les
quais ( Collection particulière de M. Francis Moro)
C'est d'abord pour la Belgique, la
reproduction d'une scrupuleuse exactitude, du merveilleux palais du Steen à
Anvers. A son côté, le gouvernement américain a bâti une reproduction réduite
d’une partie de l'habitation du président des États-Unis, la Maison-Blanche,
qui tranche nettement par sa clarté sur le grisâtre palais de la Belgique. Plus
loin, les pavillons de la Russie et de la Grèce élèvent leurs élégantes
constructions. Ces nombreux pavillons étrangers qui parsèment l'Exposition
Maritime Internationale témoignent bien que le monde entier prend part à la vie
de cette œuvre que la Ligue Maritime Française, sous la présidence de
M. l'amiral Gervais et avec le concours actif de M. Emile Bertin, a érigée à
Bordeaux avec l’aide de la Société Philomathique locale.
En outre,
la Direction de l'Exposition a pensé que cette grande manifestation devait
aussi comporter des « attractions»
établies à demeure et dont tout visiteur pouvait jouir à toute heure.
Citons d’abord le village africain qui est visité constamment car certains
jours, c'est par centaines que l'on compte les entrées. C'est qu'il y a
vraiment de l'intérêt à cette visite. On y voit là un personnel de
quatre-vingts à quatre-vingt-dix personnes, hommes, femmes et enfants,
appartenant à quatre ethnies de l'Afrique du Nord, de Soudanais, des
Sud-Oranais, des Chambâas et des Ouled-Naïl, formant ensemble un village
typique. On remarque également le Royal
Palace Cinématographe où chaque jour, le programme comprend de
merveilleux tableaux vivants et les plus belles nouveautés cinématographiques
en couleurs. Non loin, l'Aéroplane,
fait courir tout Bordeaux car par un
merveilleux système, cet appareil fait parcourir plus de 50 kilomètres à
l'heure dans les airs.
Enfin, ce qui
vient ajouter un lustre complémentaire à l'Exposition et surtout à notre port
de constructions navales, c'est le lancement du cuirassé d’escadre Vérité, entièrement construit dans les
chantiers de la Gironde à Bordeaux. M. Thomson, ministre de la Marine, a
présidé le 28 mai 1907 cette solennité, à laquelle cent mille personnes
assistaient, et les Bordelais peuvent être fiers que leur ville ait doté notre
marine de guerre d'une de ses plus belles unités.
Pendant le
printemps, l’été et l’automne 1907, vont se succéder à Bordeaux, visites
royales, princières, ministérielles, personnalités diverses, avec en plus, la
venue d’escadre étrangères et de nombreux navires de guerre (France, Japon,
Etats-Unis, Angleterre, Russie, Suède, Hollande, Espagne, Argentine, etc.)

Vue de la rade de Bordeaux ( Collection particulière de M. Francis Moro)
Durant toute
la durée de l’Exposition Maritime, Bordeaux, parmi les grandes villes d’Europe,
a été choisie pour être durant six mois le lieu de réunion de nombreux Congrès
internationaux et nationaux. Plus de cinquante ont en effet, tenu leurs assises
dans notre ville. Tous les syndicats, toutes les sociétés, toutes les branches
des connaissances avaient tenu à rendre hommage à cette belle manifestation
d'art et d'effort industriel que fut l'Exposition Maritime Internationale. A
Bordeaux, en effet, durant ces six mois, au sein des innombrables assemblées de
congressistes, on a discuté les questions essentielles à l'humanité, on a agité
les grandes idées qui la
dirigent. On peut dire, sans exagération, que Bordeaux, par la tenue de ces Congrès, a
été un des facteurs du progrès durant cette année 1907 qui entrera dans
l'histoire.
Aussi
sans
doute est-il donc important, de rappeler aux bordelaises et aux
bordelais que
déjà en ce début du 20ème siècle,
leur ville et leur port qui à cette période
connaissait encore d’intenses activités, pouvait rivaliser
avec les grandes
métropoles nationales et internationales. Pour conserver le
souvenir de cette
attachante page d’histoire de la ville, un cédérom
a été réalisé par l’auteur
de cet article. Cet ouvrage numérique, équivalent de
plusieurs volumes papier,
comporte des centaines de documents iconographiques et constitue une
véritable
visite virtuelle de ce que fut l’Exposition Maritime
Internationale. Le
consultant peut à son gré et durant plusieurs heures, se
rendre dans les divers
palais, pavillons et stands afin de visualiser et approfondir les
divers sujets
offerts à la curiosité du public en 1907.

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